Regard

Déjà les yeux de la colère

Nés d’un vécu sali

Où il apprit la vie

En lui faisant la guerre.

Déjà les yeux de la passion,

Lucidité sur l’illusion,

Brillent têtus et volontaires.

 

Déjà les yeux sur le futur,

Fixés sur horizon certain,

Mains ouvertes toutes puissantes,

Sur un destin obéissance.

 

Déjà les yeux de l’amant,

Maîtres faciles dans l’amour

En quête tendre de regard,

Où transparaissent par instants

La révolte ou la candeur,

D’une quinzaine de printemps.

Seulement.

© Charlie B. Borgo

A toi

A toi,  parce que…

Un cri. Muet.

Qui crève de vivre pour rien.

J’étouffe

Du manque de soleil,

De chaleur sur mon corps,

Sur mes paupières offertes,

Sur ma peau mille bouches avides

Se tendant à craquer vers lumière.

Le froid qui m’engourdit

Atteint déjà de sa plaie blanche,

Ma rage de vivre couleur sang.

Le froid m’endort à petit feu,

Le froid roule mon corps en boule,

Neige immobile dans l’attente

D’un rayon sous qui  se mouvoir,

Parce que toi aussi.

© Charlie B.Borgo

Incendie

Un coup de blues? Mais non… un de mes poèmes qui va bien avec  la toile « Incendie »:

 

UN JOUR LES HOMMES

Un jour, les couleurs

Ses sont éteintes et tues,

Silence des images,

Enchantements perdus,

Ils ont pleuré,

Les hommes,

Sur leurs âmes pâleurs.

 

Un jour, les parfums

Se sont enfuis en brumes,

Vapeurs insaisissables,

Encensements perdus,

Ils ont pleuré,

Les hommes,

Les odeurs incolores.

 

Les pleurs, un jour, se sont éteints et tus.

Les hommes aussi.

                         © Charlie B. Borgo

Incendie - huile sur toile 50x40 cm
Incendie – huile sur toile 50×40 cm

UN PIED – Lodge au Népal, une nuit.

Un pied se balance lentement,

Posé nonchalamment,

Sur le genou de l’homme,

Dont le corps fort et beau,

Repose sur sa couche,

Torse nu.

Chauffe le bois.

La bougie qui lui permet de lire,

Sur ses muscles puissants, de sa lueur coquine,

Joue,

Erotiquement.

 

Face à lui,

L’homme assis sur son lit,

Les deux mains jointes,

Prie,

A la lueur de sa propre bougie, qui,

Mystique,

Religieusement brûle.

 

Quelques lits à coté,

Deux hommes jouent aux dés.

Deux fronts préoccupés,

Penchés sur elle qui,

Juge intransigeant,

Les sépare, se consumant.

 

Les trois lueurs discrètes,

Laissent se deviner

Des corps déjà dormant,

Silencieux ou ronflant,

Immobiles ou changeants.

 

La prière finie,

L’homme étouffe la flamme

Entre ses deux doigts bruns.

Le chien aboie longtemps…

L’homme a fini de lire,

Et, félin, il s’étire,

Puis d’un souffle puissant,

Fait que la flamme expire.

Le chien aboie toujours.

Un des deux a gagné,

Alors l’autre en riant,

A éteint la bougie.

 

Et seule ma chandelle,

De sa lueur gênante,

Fait un trou dans la nuit.

Il est temps d’arrêter d’écrire,

Je souffle et fais le noir.

Au loin le chien aboie.

© Charlie B.Borgo

Ici l’Orient

J’ai lavé mon corps poussière

A l’eau froide de la fontaine,

Cueilli l’eau dans le seau de cuivre

Et l’ai chargé sur mon épaule,

Ruisselant de gouttes de lumière.

 

J’ai marché,

Roulée dans le sari de soie jaune,

Un bracelet de clochettes d’argent

Dansant sur la cheville,

Les pieds nus et blancs de poussière.

 

J’ai balancé mes hanches

Au rythme de mes pas,

Au fond de mes yeux,

Le paysage de là-bas.

 

J’ai jeté  mon âme de blanche,

L’ai revêtu d’un corps fier et brun,

Ai regardé le soleil rouge en face,

A travers les gouttes d’eau

Qui parent mes cils d’or…

Et j’ai foulé pour quelques pas,

La terre d’Orient.

 

© Charlie B. Borgo