UN PIED – Lodge au Népal, une nuit.

Un pied se balance lentement,

Posé nonchalamment,

Sur le genou de l’homme,

Dont le corps fort et beau,

Repose sur sa couche,

Torse nu.

Chauffe le bois.

La bougie qui lui permet de lire,

Sur ses muscles puissants, de sa lueur coquine,

Joue,

Erotiquement.

 

Face à lui,

L’homme assis sur son lit,

Les deux mains jointes,

Prie,

A la lueur de sa propre bougie, qui,

Mystique,

Religieusement brûle.

 

Quelques lits à coté,

Deux hommes jouent aux dés.

Deux fronts préoccupés,

Penchés sur elle qui,

Juge intransigeant,

Les sépare, se consumant.

 

Les trois lueurs discrètes,

Laissent se deviner

Des corps déjà dormant,

Silencieux ou ronflant,

Immobiles ou changeants.

 

La prière finie,

L’homme étouffe la flamme

Entre ses deux doigts bruns.

Le chien aboie longtemps…

L’homme a fini de lire,

Et, félin, il s’étire,

Puis d’un souffle puissant,

Fait que la flamme expire.

Le chien aboie toujours.

Un des deux a gagné,

Alors l’autre en riant,

A éteint la bougie.

 

Et seule ma chandelle,

De sa lueur gênante,

Fait un trou dans la nuit.

Il est temps d’arrêter d’écrire,

Je souffle et fais le noir.

Au loin le chien aboie.

© Charlie B.Borgo

Ici l’Orient

J’ai lavé mon corps poussière

A l’eau froide de la fontaine,

Cueilli l’eau dans le seau de cuivre

Et l’ai chargé sur mon épaule,

Ruisselant de gouttes de lumière.

 

J’ai marché,

Roulée dans le sari de soie jaune,

Un bracelet de clochettes d’argent

Dansant sur la cheville,

Les pieds nus et blancs de poussière.

 

J’ai balancé mes hanches

Au rythme de mes pas,

Au fond de mes yeux,

Le paysage de là-bas.

 

J’ai jeté  mon âme de blanche,

L’ai revêtu d’un corps fier et brun,

Ai regardé le soleil rouge en face,

A travers les gouttes d’eau

Qui parent mes cils d’or…

Et j’ai foulé pour quelques pas,

La terre d’Orient.

 

© Charlie B. Borgo