Les yeux dans le miroir

Noirs et ronds,

Deux fruits doux,

Trop mûrs,

Ses yeux,

Mûrs pour la larme,

Fixes et secs.

On ne pleure pas,

Avec ces yeux là,

On sait.

Et noirs et ronds,

Et doux et secs,

Images de miroir,

Ses yeux scrutent mes yeux.

 

Trop mûrs, les fruits doux et ronds,

Pour l’arbre enfant aux feuilles rousses.

Trop chaud, le regard de six ans,

Trop intense, la passion qui les ronge,

Celle qui coule et creuse son visage

Mieux que le nombre des années.

Pas un sourcillement,

Pas une brise dans les cils,

Pas une goutte d’eau,

Au pays de la passion qui brûle.

Il attend.

 

Il guette son nouveau visage.

Les feuilles rousses et longues,

Ses longs cheveux de fille,

Beaux comme l’automne,

Et doux comme l’enfance,

S’en viennent gémir à ses pieds,

Tranchés par les ciseaux

Qui coupent, claquent et croquent,

Une parcelle d’enfant tendre,

Aveugles, les ciseaux,

Aveugle la main et aveugle le cœur

De ce coiffeur voleur d’enfance.

 

C’est le temps des hommes,

Petit inconnu,

Le temps du « comme les autres ».

Et noirs et ronds,

Fruits de passion,

Trop doux, trop tendres,

Les yeux  me sourient

Et disent :

Ils auront beau couper, trancher, croquer,

Tant de parcelles d’enfant tendre,

Ils auront beau nous modifier, nous modeler,

Nous faire leur ressembler,

Ils ne pourront jamais ciseler nos cœurs,

Ils ne pourront modeler nos âmes,

Ils ne  nous auront pas,

Nous,

Les pas comme les autres.

© Charlie B. Borgo

Illustration : © Charlie B. Borgo

 

Pensées ou les couleurs de l’âme

Un poème pioché dans mes cartons… qui va bien avec ce tableau.

PENSEES

Et de loin accourent encore

Les images brûlées par la  haine

Du vécu que j’ignore.

Flash-back sur tableau noir,

Flot fataliste couleur néant,

Elles osent,

Cortège dément,

Se glisser,

Sarcastiques,

Sous mes paupières crispées;

Impudiques et nues;

Et de plus en plus crues

Puissent-elles ne passer

Que pour sortir de moi

Tout à fait.

© Charlie B.Borgo

 

Double vie - acrilic sur toile 55x46 cm
Pensées – acrilic sur toile 55×46 cm –  © Charlie B.Borgo

 

Incendie

UN JOUR LES HOMMES

Un jour, les couleurs

Se sont éteintes et tues,

Silence des images,

Enchantements perdus,

Ils ont pleuré,

Les hommes,

Sur leurs âmes pâleurs.

Un jour, les parfums

Se sont enfuis en brumes,

Vapeurs insaisissables,

Encensements perdus,

Ils ont pleuré,

Les hommes,

Les odeurs incolores.

Les pleurs, un jour, se sont éteints et tus.

Les hommes aussi.

                         © Charlie B. Borgo

Incendie - huile sur toile 50x40 cm
Incendie – huile sur toile 50×40 cm